LIVRE – « L’Astragale » d’Albertine Sarrazin

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La préface, signée Patrick Besson, nous plonge tout de suite dans l’univers très sombre d’Albertine Sarrazin. A l’âge de 5 ans, elle apprend qu’elle n’est pas la fille de ses parents. Le début d’une longue suite de malheurs : ce viol dans un grenier à foin, les maisons de correction, la prostitution, ce braquage raté, et enfin, la prison. Albertine mourra à seulement 30 ans.

C’est une histoire peu commune, celle d’une écorchée vive. Des instants d’une courte vie racontée avec les tripes, avec du sang pour encre dans son stylo. Le style est compliqué, pas très évident au début, mais il semble faire écho au tempérament de cette femme : perturbé, vif, nerveux, ardent. Dans certains dialogues, on ne sait pas bien à qui elle s’adresse. Aux gens présents, à ceux du passé ou bien à elle même ? Elle semble souvent planer dans un songe, comme perdue dans ses pensées, que nous ne pourrons jamais saisir tout à fait. Elle quitte la prison au tout début du livre et pourtant, elle semble continuellement enfermée. Déjà parce qu’en cavale, elle doit chaque jour se cacher chez l’un où chez l’autre, toujours ailleurs, jamais vraiment chez elle, et deviendra vite un fardeau : pour les autres, mais aussi et surtout pour elle-même. En plus, parce que l’homme qui pourrait la délivrer du mal va préférer involontairement l’enfermer dans un amour déchirant, fait d’attentes, d’absences et de désillusions. Enfin ce pied malade, cette guibole qu’elle a mal fait soigner et qui la handicape. Cet astragale, l’os de son pied qui donnera son nom à ce livre. Un ouvrage poétique, qui mêle douceur et violence, patience, souffrance et amour. Une histoire qui émeut, qui trouble mais qui ne peut laisser indifférent.

L’Astragale d’Albertine Sarrazin – Editions Point 2011

A noter que ce livre a dernièrement été adapté au cinéma avec Leila Bekhti et Reda Kateb. Vous pourrez donc prochainement voir ma critique du film !