INTERVIEW – PHILIPPE LE GUAY

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J’ai eu le privilège de pouvoir interviewer par téléphone Philippe Le Guay actuellement au festival du film de Locarno. Voici une retranscription de notre conversation :

« Floride » a été présenté dimanche dernier sur la Piazza Grande et il semble encore tout ému par l’accueil reçu. Il m’explique que le public a été très réactif : il riait lors des moments de comédie et se montrait plus silencieux lors des moments forts en émotion.

Ce qui a plu à Philippe Le Guay dans la pièce de Florian Zeller, c’est la relation entre le père et la fille, ce terrible manque de considération et d’amour, mais également la part de comique qu’il peut y avoir dans la mauvaise foi du père.

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Sur le tournage Jean Rochefort, âgé de 80 ans s’est beaucoup donné. Il a fallu évidemment aménager le planning, souvent aller à l’essentiel mais il tient à saluer l’investissement de l’acteur qui n’a jamais fait ressentir sa fatigue. Il me décrit un homme à l’humour décapant, qui a toute sa tête, et qui a puisé dans ses émotions les plus intimes pour nourrir son personnage. J’évoque « le bruit des glaçons » le film de Bertrand Blier où ce dernier a choisi d’incarner la maladie dans un personnage. Ce film est un chef d’œuvre, une intuition exceptionnelle selon Philippe Le Guay, mais pour « Floride », il m’explique avoir plutôt voulu contourner le spectre de la maladie et ainsi ne pas la traiter comme un cas clinique.

Au tournage, une phrase semble l’avoir guidée pour diriger Sandrine Kiberlain « c’est une fille qui protège son père ». Jean et Sandrine ont une vraie complicité, les deux se connaissent depuis plus d’une quinzaine d’années. Relations qui ont beaucoup aidé dans des scènes intimes comme celle où la fille aide son père à se déshabiller, instant du film très important pour Philippe Le Guay, dans lequel il n’y a pas de dialogue, mais où l’émotion se lit dans un jeu de regards. Le réalisateur me confie avoir lui même été confronté à cette situation avec son propre père.

Un mot enfin sur Anamaria Marinca qui a tenu a lui envoyer une petite scène qu’elle avait elle même enregistrée dans sa cuisine. Le réalisateur séduit par l’actrice lui a alors offert 5 jours de tournage, pendant lesquels elle a apporté magie, fraîcheur et poésie.

Pour la musique du film, 4ème collaboration avec Jorge Arriagada dont il avoue toujours autant apprécier la grande sensibilité. La musique il l’a voulu comme un prolongement émotionnel.

Je voulais aussi avoir son sentiment sur la polémique portant sur le dernier livre « Eva » de Simon Liberati, lui qui connaît Eva Ionesco depuis une vingtaine d’années et qui était sur le scénario de « My little princess ». Il ne souhaite pas trop se prononcer sur le sujet mais il avoue avoir hâte de le lire et conseille vivement ce film très personnel d’Eva, empreint selon lui, d’une grande sensibilité (Cf « My little princess » d’Eva Ionesco – 2011)

Enfin, il me parle avec réserve mais envie de son prochain film qui portera sur une communauté dans un village en Normandie. Un sujet sociétal plutôt dans l’inspiration du « coût de la vie ».

Je le quitte en lui souhaitant une bonne fin de festival, ravie d’avoir partagé sur son film et charmée par sa bonne humeur, sa curiosité et sa facilité à dialoguer.

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« Floride » de Philippe Le Guay avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain