CINE – PROJECTION PRESSE « AMNESIA » de Barbet Schroeder

Amnesia

Ibiza n’est pas seulement connue pour ses fêtes alcoolisées et pour ses ados décomplexés, non. Elle peut aussi être, côté sauvage, un véritable havre de paix, avec sa nature luxuriante, sa mer à perte de vue et son silence qui incite à la méditation. C’est l’endroit qu’a choisi Martha , dans les années 90, pour mener une vie calme et paisible loin de l’agitation d’une grande ville, mais aussi et surtout loin de son passé, sur lequel elle a décidé de tirer un trait. Sa rencontre avec Jo, un jeune homme amateur de musique électronique va venir bouleverser son quotidien mais également le silence dans lequel elle s’est murée. Au fil des discussions, Martha va se livrer au jeune homme, sur son histoire, sur cette Allemagne nazie, et sur ses blessures. Un film lent, intime où des secrets bien enfouis finissent par ressurgir. Il n’est pas question ici de juger les différents comportements face à ces personnes qui tentent de vivre après la sombre période du nazisme, mais le film a le mérite d’exposer plusieurs points de vues. Alors que Martha va jusqu’à arrêter de parler sa langue maternelle, boire du Riesling ou refuser de monter dans une Volkswagen pour se défaire de ce pays dont elle a honte, la mère de Jo, elle, tente au contraire, de ne pas oublier les errements de son pays et de vivre quotidiennement avec, pour que pareils événements ne se reproduisent. Le grand-père de Jo a fait le choix de travestir la réalité et son véritable rôle pendant la guerre pour réussir à vivre. Quant à Jo, beaucoup plus jeune et n’ayant pas vécu cette sombre période, vit dans l’insouciance de son âge, comme si rien ne s’était passé. Un film profond, intelligent qui semble parfois malheureusement se perdre lors de scènes inutiles comme cette « soirée consécration » pour le jeune dj en herbe ou cette déclaration d’amour finale, un peu malvenue et gênante. En résumé, le film fonctionne par ses plans magnifiques des îles Pityuses par la sincérité et la vulnérabilité de ces acteurs et par ce questionnement sur le poids du passé et sur les différentes façons que chacun a de vivre avec.

« AMNESIA » de Barbet Schroeder – en salles le 19 août