INTERVIEW – JEAN-PIERRE AMERIS

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Quand j’arrive, il discute tranquillement attablé avec un autre journaliste. On ne se connaît pas mais il prend le temps de me saluer poliment. J’attends sagement mon tour. De loin, l’homme paraît agréable et accessible, impression qui se confirmera quelques minutes plus tard.

Nous parlons de son dernier film « une famille à louer », écrit à quatre mains avec sa compagne, Murielle Magellan. Ils se sont rencontrés, il y a plusieurs années, lors de l’écriture d’un autre scénario. C’est à ce moment là qu’ils sont tombés amoureux. Il parle d’elle avec beaucoup de respect. Elle a, selon lui, le talent de rendre ses défauts séduisants. Il me concède avec amusement, en parlant du héros de son film, Paul-André : « C’est un autoportrait de moi, un homme très angoissé et anxieux » Comme lui, me dit-il, le personnage au départ n’était pas favorable à l’idée d’avoir une famille. Jean-Pierre Améris, lui même, se dévoile et me révèle qu’il ne se voyait pas père, pas capable d’élever un enfant. Et pourtant, il avoue avec bonheur avoir vécu une très belle surprise quand il a compris pouvoir compter pour un petit garçon de 9 ans, le fils de Murielle.

Le rôle de Paul-André a été pensé et écrit pour Benoit Poelvoorde. Ils se connaissent bien depuis « les émotifs anonymes » L’acteur et le réalisateur ont un point en commun, celui de ne pas avoir d’enfant. Benoit Poelvoorde lui aurait confié à ce propos : « Je ne crois pas en la famille mais parfois elle me manque ». Il évoque pour sa part, un tiraillement perpétuel entre ce besoin d’affection et ce repli sur soi.

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Pour le rôle de Violette, il n’avait pensé à personne en particulier au départ. Il voulait une femme au caractère complètement opposé à celui de Paul-André : une personne solaire, profondément optimiste. Il a rencontré Virginie Efira par hasard, lors d’un congrès d’exploitants à Deauville. Ils partageaient le même véhicule pour rentrer à Paris. Il a été séduit par son élégance. Il se désole du complexe d’infériorité qu’elle éprouve par rapport à son statut d’actrice. Selon lui, elle traine comme un véritable boulet le fait d’avoir présenté « La nouvelle star ». Certains la snobent pour ça, et ça le révolte. Pour jouer le rôle de la Violette, il a voulu que Virginie Efira s’inspire des personnages d’Erin Brockovich et de Pretty Woman. Il avoue avoir une culture assez anglo-saxonne. Il lui a également conseillé « les nuits de Cabiria » de Fellini : parce que tout le monde remarque cette femme et ca lui donne un sentiment de fierté.

Ce film a été écrit comme un conte : pas de cynisme, pas de rapports de classe mais juste deux enfants. Le ressort comique, ce sont ces deux adultes qui se comportent comme deux enfants, face à deux véritables enfants, qui sont eux, consternés.

Pour son prochain projet cinématographique, il a envie de travailler a être plus léger. Il note avec amusement que c’est seulement sa deuxième comédie. Il me dit l’importance du cinéma dans son enfance. Quand il n’était pas bien, il allait voir un film, et tout de suite après la séance, il en ressortait ragaillardi. Par ses films, lui aussi a envie de transmettre des émotions et de toucher son public.

 Enfin, il déclare vouloir se remettre à écrire pour le cinéma mais n’avoir rien de vraiment clair en tête pour le moment. Par contre, il écrit pour la télévision sur le difficile retour de jeunes soldats partis au Mali, amputés physiquement ou détruits psychologiquement. Sur un format de 3 fois 52min pour Arte.

Il achève notre entretien comme il l’a débuté, avec sourire et bienveillance. Je le remercie pour son temps, il me remercie de mon intérêt. Un bel échange.

 « Une famille à louer » de Jean-Pierre Améris – en salles le 18 août