INTERVIEW – ZEP

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J’ai eu la chance de rencontrer Zep, le célèbre auteur de Titeuf. Souriant, détendu, l’homme se montre très charmant. Il s’est prêté avec décontraction au jeu des questions réponses.

Dans sa dernière Bd « Bienvenue en adolescence », il l’avoue, Titeuf n’est pas encore vraiment un ado, mais gagne en maturité. Selon l’auteur, Titeuf a envie de devenir adolescent parce que les filles lui demandent de grandir. Mais plutôt que d’attendre que l’adolescence lui tombe dessus, il décide de la fabriquer lui-même. Il va se renseigner et va ainsi devenir un vrai journaliste d’investigation.

Question que l’on se pose tous : mais Titeuf va-t il finir par grandir ? Zep répond avec sourire ne pas franchement savoir. Il réalise, qu’il le veuille ou non, que Titeuf grandit au fil des albums. Il ajoute qu’il n’a déjà plus la naïveté des premiers albums. (Comme Tintin qui a muri au fil des albums. A la fin, il ne semble plus avoir la candeur de « Tintin au pays des soviets » ou « Tintin au Congo »)

Et la suite de Titeuf, est-elle déjà écrite ? Pas du tout. Il écrit un album, il le dessine et après il verra. Il confie ne pas avoir de plan de carrière pour Titeuf. Il avoue être attaché au personnage et se voit mal l’abandonner un jour. Il y a beaucoup de chance pour qu’il dessine Titeuf jusqu’à son dernier souffle. Et comme il n’est pas persuadé qu’à 80 ans il ait encore beaucoup de choses à dire sur l’adolescence, oui, il y a de fortes chances pour que Titeuf vieillisse.

Titeuf, toujours Titeuf, n’en a t il pas marre de ce personnage ? Il confie faire beaucoup d’autres choses mais avoue clairement que Titeuf est un personnage qui lui colle à la peau, le dessinant depuis 23 ans. Mais il tient à préciser que c’est loin d’être agaçant que d’être le double de Titeuf. Il y a une forte attente et c’est selon lui très agréable, mais par contre, tient-il à préciser, un nouvel album sort seulement quand il a quelque chose à raconter.

Parce que Zep ce n’est pas seulement Titeuf … Non et parlons-en répond il d’un air amusé avant de citer « Happy Sexe », «Happy Parents », « Une histoire d’hommes » et des séries faites avec d’autres réalisateurs comme Captain Biceps ou les Chrono Kids

On se demande alors comment ces autres activités sont-elles acceptées par le public ? Rien n’a le même succès que Titeuf, tout simplement parce que c’est une série. Happy Sexe a été un énorme succès mais pour un autre public. Les lecteurs de Titeuf lui disent « mais pourquoi on n’a pas le droit de le lire ? » Il leur répond « Vous le lirez quand vous serez grands» Il y a des films, des bandes dessinées, des bouquins à découvrir plus tard. C’est particulier la bande dessinée : c’est un territoire partagé entre les adultes et les enfants. Titeuf se lit en famille, et ça ouvre le dialogue sur toutes sortes de sujets. Selon lui, il est plus facile de parler de sujets difficiles quand on en déconne.

On revient sur ce pseudo, Zep, tiré du groupe de rock Led Zeppelin. C’est un magazine qui s’appelait comme ca, ou plutôt une feuille A3 coupée en deux avec des dessins dessus et deux ou trois textes. Ca parlait de musique, de Led Zeppelin, que lui et ses copains écoutaient. Mais il avoue avec amusement qu’il contenait surtout des vannes sur leurs profs. Ce n’était au final qu’une feuille, qui passait de classes en classes, et les gens faisaient des annotations dessus. Un jour le directeur l’a même saisi, un numéro spécial con avec sa tête en couverture. Il l’a convoqué en lui demandant si c’était lui Zep, et depuis, ses copains l’ont surnommé ainsi.

Avant il jouait de la musique dans un groupe de rock « Bluck Bluck ». Il me corrige : ce groupe n’existe plus, remplacé par le groupe « Alice in Kernerland », un groupe avec une magnifique chanteuse, qui organise des reprises qu’ils torturent un peu. Depuis qu’il a douze ans, il a eu des groupes de musique presque sans interruption, mais avec un côté très dilettante. Pendant un an même, il confie n’avoir plus du tout eu envie de faire de la bande dessinée mais plutôt de la musique. Ca l’attirait, c’était à l’adolescence, il avait besoin de héros et les dessinateurs de bd n’avaient pas un côté très punk. Il n’avait plus envie de s’identifier à des messieurs avec des colliers de barbe, qui fumaient la pipe… Il s’est pris de passion pour le rock mais tout a changé quand il a découvert Gotlib. Il a aimé son côté rock et transgressif. Ado, ses potes et lui avaient tous des vestes en jean et dessinaient dessus leurs idoles : Queen, Kiss, Bob Marley, lui avait « Gotlib the best » écrit dans son dos.

On finit cet entretien avec un sujet d’actualité : cette photo du petit Aylan qui circule partout dans les médias. On évoque ainsi tout naturellement, la petite migrante Ramatou, nouveau personnage de sa bd. Il confesse avoir eu besoin d’un nouveau personnage féminin qui arrive et qui s’intéresse à Titeuf, lui qui n’a pas beaucoup de succès avec les filles. Il fallait peut-être qu’elle vienne d’ailleurs pour tomber sous son charme, plaisante-t-il …En parlant avec des personnes qui ont travaillé dans des centres d’accueil comme la Croix Rouge, il a décidé de parler de ces histoires là, pour créer une fascination chez les enfants. Ils savent que Ramatou a fui un pays en guerre, que son père et son petit frère sont morts, et qu’elle seule a eu la chance de s’en sortir pour rejoindre sa famille et se retrouver dans la classe de Titeuf. Selon Zep, ça fait grandir l’âme de ce petit garçon qui a envie de justice et qui a envie de la protéger. C’est le souhait clairement affiché de Zep au départ : raconter le monde tel qu’il est autour de nous : des gens malades, des gens qui meurent, des chômeurs… non pas pour faire du misérabilisme mais pour parler de ces évènements auxquels un enfant peut être confronté. Il se désole que tout le monde puisse voir ces images, en parle puis que d’un seul coup, le débat soit terminé. Malheureusement, selon lui, cet événement sera remplacé par une autre image et le problème c’est que les gens s’en moquent au fond, parce qu’ils ne sont pas directement imprégnés. Alors que, selon lui, dans une bd, comme dans un film, ils apparaissent comme des compagnons et de ce fait, les personnes peuvent-être beaucoup plus touchées.

 Retrouvez Zep ici : http://www.zeporama.com

Et sur son blog hébergé par Le monde : http://zepworld.blog.lemonde.fr