CINE – PROJECTION PRESSE « MARGUERITE » DE XAVIER GIANNOLI

Marguerite

Un film particulièrement juste sur une femme qui chante désespérément faux : inspiré d’une histoire vraie, celle de Florence Foster Jenkins, une riche américaine qui se rêvait en grande cantatrice.

Paris, dans les années 20. Le film s’ouvre sur une grande réception donnée dans une magnifique propriété détenue par Marguerite Dumont. La maîtresse de maison en personne a invité tout le gratin parisien à son récital. Sourire aux lèvres, sereine et touchante mais néanmoins un peu ridicule avec une plume de paon sur sa coiffe, elle se met à chanter. Et soudain, c’est la catastrophe. Pas une note juste, nos oreilles saignent. Mais seulement les nôtres apparemment, parce que les invités, eux, semblent en avoir l’habitude. Quand certains s’enferment dans un bureau en attendant que ça passe, son mari feint l’accident de voiture pour éviter la honte et le mal de crâne. Et ce, tout simplement parce que chacun semble y trouver son compte : noter qu’à défaut d’avoir une voix, Marguerite a de l’argent, celui- là même qui achète leurs silences.

Cette scène est à l’image du film : le comique et l’émotion, un personnage tendre englué dans une situation grotesque. Marguerite, profondément amoureuse de la musique autant que de son mari, va tout faire pour chanter dans une grande salle parisienne et trouver grâce aux yeux de l’être aimé. Un savant stratagème va alors être mis en œuvre pour l’en empêcher, par affection pour elle, par honte pour ses proches. Honteux aussi de ne pas lui avoir avoué avant cette terrible fumisterie.

Marguerite 3

Qui mieux que Catherine Frot pour jouer cette cantatrice ? Difficile de ne pas éprouver de l’admiration devant cette merveilleuse interprétation d’une femme généreuse, tendre, blessée qui vit dans l’illusion. Les autres personnages qui l’entourent, complètent joliment le tableau : la tendresse d’Hazel (Christa Theret), la loufoquerie du professeur (Michel Fau), ou la bienveillance de Madelbos (Denis Mpunga).

Après le très réussi « A l’origine » Xavier Giannoli décortique une nouvelle fois avec brio, un personnage singulier, habité par ses obsessions, meurtri par ses blessures.

Un film puissant, lyrique drôle et tendre, où le spectateur est tenu en haleine jusqu’à la fin du film, désirant ardemment savoir si quelqu’un osera enfin briser la glace et dire la vérité.

« Marguerite » de Xavier Giannoli – en salles le 16 septembre