CINE – DVD « L’épreuve » d’Erik Poppe

RECTO L'EPREUVE.indd

Ce film m’a beaucoup plu pour les questions qu’il suscite. Il tente de décortiquer un métier difficile que celui d’être photographe de guerre. Comment survivre intérieurement quand on photographie au quotidien l’innommable et comment faire pour vivre avec une personne qui risque sa vie pour un cliché.

Dès le début, le film nous plonge dans la terreur et dans l’angoisse. Rebecca, grande photographe de guerre reconnue, est en Afghanistan pour suivre un convoi de femmes qui prépare un attentat suicide. Une scène angoissante où les prières suppliantes de la famille se mêlent à la poudre des ceintures d’explosifs. La tension monte, la photographe décide de suivre les kamikazes. La peur, le danger ne prennent pas le pas sur son besoin d’images, sur la nécessité qu’elle s’impose à elle même de faire son métier. Mais ce goût du risque lui fera frôler la mort. La bombe éclate, elle en sort gravement blessée, mais c’est surtout sa vie qui va imploser. A son retour, les reproches s’accumulent. Pourquoi partir dans des zones de guerre alors qu’elle a un mari aimant et des enfants à qui elle manque terriblement ? Elle ne va alors avoir d’autre alternative que de choisir entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Mais alors qu’elle adopte une position claire, le doute s’installe. Il va falloir trancher.

La force du film ne réside pas dans ses acteurs mais dans son propos. Juliette Binoche n’est malheureusement pas très convaincante, toujours trop hésitante, sans véritable caractère ni convictions. Elle se complait dans le rôle de la femme perdue et fragile, sans cesse ahurie, sans laisser percevoir une quelconque poigne, une dureté, un charisme qui à mon sens caractérisent ces femmes qui parcourent régulièrement des pays en guerre. Heureusement, Nikolaj Coster-Waldeau nous offre plus de choses à ressentir : de la colère, de l’incompréhension, un terrible sentiment de fatalité.

Je me suis posée beaucoup de questions après ce film dont je n’ai pas nécessairement les réponses :

– Quand on a décidé de fonder une famille peut-on continuer à faire ce genre de métier ? En même temps, la cause est noble, il nous faut des hommes et des femmes avec l’envie d’informer et d’éveiller les consciences…

– Bien consciente qu’on ne puisse pas imposer son avis, n’est-il pas néanmoins gênant qu’un photographe si près d’actes si terribles n’essaie pas de faire entendre sa voix ? La passivité offre la possibilité de photographier. Peut-être ses clichés une fois publiés changeront les choses…

Je vous conseille vivement ce film, parce qu’il dérange et interroge. Beaucoup de questions se posent, aucune réponse n’y est imposée. A nous de réfléchir, de chercher, de s’instruire pour comprendre.

 

« L’épreuve » d’Erik Poppe avec Juliette Binoche et Nikolaj Coster-Waldeau