CINE PROJECTION – « MOKA » DE FREDERIC MERMOUD

Moka

« Moka » est une adaptation cinématographique du roman éponyme de Tatiana de Rosnay. Dans les livres, il est aisé, à condition d’avoir une bonne plume (c’est le cas de Tatiana de Rosnay) de décrire un décor pour qu’un lecteur l’imagine, de comprendre le raisonnement d’un personnage quand on est dans sa tête, de trouver les mots justes pour exprimer des sentiments tels que la douleur, la haine, la vengeance. C’est toute la difficulté quand un livre s’appuie sur le caractère complexe d’un personnage tourmenté et solitaire, de réussir à le retranscrire à l’image. Pour cette adaptation cinémaographique, le pari est plutôt réussi. Certes, elle ne révolutionne pas le 7ème art mais se laisse regarder avec plaisir. Déjà parce que le décor se prête particulièrement bien au drame. Le lac Léman, entre Lausanne et Evian, la Suisse et la France, frontière floue où l’on semble naviguer à vue et où il est facile de perdre pied et de boire la tasse. Impression accentuée par une musique classique toujours plus lancinante, bouleversante.

S’ajoutent à cette ambiance inquiétante des acteurs crédibles, comme Emmanuelle Devos, qui comme dans le sublime film « la vie domestique » opte pour le même naturel, la même justesse. En jouant une mère à la recherche du meurtrier de son fils, elle émeut, toute en sensibilité, femme perdue, révoltée mais digne qui tente de se faire justice pour enfin réussir, croit-elle, à faire son deuil. Nathalie Baye en pimpante blonde esseulée, séduit dans un rôle moins noir que celui de « La volante » mais toujours avec ce caractère sec voir cassant qui rend le personnage bien difficile à cerner, tout en nuances et en noirceurs.

Un bon thriller, avec, il faut le souligner, des superbes plans panoramiques d’une Mercedes couleur moka, l’autre personnage central du film. L’intrigue se tient, loin de tomber dans certaines facilités, elle surprend et laisse le spectateur satisfait.

Ps : si vous êtes, comme moi, une (ou un) adepte de Tatiana de Rosnay et de sa jolie chevelure grise, ne la manquez pas dans le film, elle y fait une petite apparition. Un indice: elle se fait pomponner !

« Moka » de Frédéric Mermoud – actuellement en salles