CINE PROJECTION – « JUSTE LA FIN DU MONDE  » DE XAVIER DOLAN

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J’aime l’univers singulier de Xavier Dolan. C’est un des rares réalisateurs dont j’ai vu la filmographie complète. En même temps, il n’a fait que 6 films, mais pour un jeune homme de 27 ans, c’est déjà pas mal. Malheureusement plus le temps passe, plus ses films s’enchainent et moins j’aime ce qu’il nous propose. « J’ai tué ma mère » a été pour moi un ovni cinématographique : ces longues tirades en québécois, ce bavardage incessant pour éviter la gêne et le mal-être. Cette complexité, cette singularité des personnages principaux (Anne Dorval, Xavier Dolan lui même) et surtout ces plans d’une réelle beauté, créatifs, oniriques, colorés, inoubliables. « Les amours imaginaires » et « Laurence anyways » ont été les répliques sublimes d’un univers à part, d’un cinéma visuellement enchanteur, porté par des musiques vibrantes et des acteurs peu connus qui crevaient l’écran. « Tom à la ferme » est le film qui m’a le plus marqué. Ces plans de campagne, cette ambiance lugubre, cette traque, cette culpabilité, ces non-dits. Un film qui transpire le mal-être, superbement interprété, visuellement remarquable.

Dans « Mommy » déjà, Xavier Dolan a commencé à me perdre. L’aspect commercial a pris le pas sur l’artisanal, sur cette idée fascinante qu’on pouvait créer comme loin du monde, dans son petit studio, en amateur, et proposer des films innovants, perturbants profondément originaux et audacieux. «Mommy » manquait déjà de cette sincérité, de ces sentiments bruts qui vous percutent de ces plans colorés/alambiqués/nerveux qu’on ne voyait pas ailleurs.

Il est compréhensible donc que je n’ai pas vraiment aimé son dernier film. J’ai pâli devant son casting 5 étoiles. « Juste la fin du monde », ce retour d’un jeune homme dans sa famille après des années d’absence. Louis est revenu pour annoncer sa mort prochaine. Il va devoir affronter une mère complètement hystérique, une sœur tristement shootée et un frère aussi sanguin que sa femme est douce.

« Juste la fin du monde » ou comment produire des tonnes de bavardages sur du vide. Le texte et le propos de Jean-Luc Lagarce sont fascinants mais pourquoi alors ne pas traduire ce néant, cette solitude, cette absence en images comme Xavier Dolan aurait su si bien le faire. Mis à part des plans agités de légumes en cuisine, du vent dans les rideaux, des frissons sur un matelas, l’univers onirique et imaginaire manque cruellement à ce film. A la place, on subit avec fatigue les bégaiements de Marion Cotillard, les cris de Vincent Cassel et l’hébétude de Gapard Ulliel. Heureusement, Nathalie Baye et Léa Seydoux dans leurs personnages tragi-comiques, par leurs folies et leurs excès apportent un peu d’intérêt au propos. Mais tout au long du film, quel sentiment de malaise accentué par les visages en gros plans, voir même parfois quel ennui. Triste à la sortie du cinéma, de me dire que le Dolan d’avant ne semble plus exister, que sa « patte » si singulière, sa créativité ont été mises au placard. Tant pis, je vais revoir ses anciens films, me délecter de ces couleurs, de ces plans fantasmés, irréels. De ces films qui étaient une véritable aventure et dont je sortais subjuguée.

 

« Juste la fin du monde » de Xavier Dolan – en salles actuellement