CINE PROJECTION « LE CIEL ATTENDRA » DE MARIE-CASTILLE MENTION-SCHAAR

 

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Partir faire le djihad. Une expression de plus en plus entendue et utilisée en France. On a tendance à croire que ce ne sont, en majorité, que des adolescents paumés, en marge de la société, des personnages haineux sans véritable socle familial, qui partent rejoindre les rangs de Daesh. Mais pas seulement. Ce film nous offre une autre vision de ces aspirants djihadistes, sous un angle exclusivement féminin.

Les deux adolescentes dont nous suivons l’embrigadement sont toutes les deux des jeunes filles intelligentes, aimées, entourées. Quand l’une se déradicalise, l’autre entre dans une spirale infernale. Deux parcours contraires nous sont habilement exposés. Sonia sort doucement de ce qu’on pourrait appeler une véritable aliénation : son quotidien est fait d’enfermement, de cris, de haine, d’incompréhension, de peur. Mélanie de son côté, qui a, semble-t-il, tout pour être heureuse, est néanmoins fragilisée par la mort de sa grand-mère. Lorsqu’elle rencontre un jeune garçon sur Facebook, qui remet en cause la société française et le mode de vie de la jeune fille, elle se convertie à l’Islam et part le rejoindre en Syrie. Le quotidien infernal des parents est aussi montré dans les deux facettes du film. Des personnes qui souffrent, incapables d’aider leurs enfants, et une mère, pour qui il est déjà trop tard et qui ne vit que dans le malheur et le reproche de ne pas avoir su agir à temps.

C’est un film qui choque, qui remue et qui a le mérite de parler de ce nouveau mal dont est touché notre société. Confrontée à des problèmes comme Internet et ses réseaux sociaux et plus largement la guerre en Syrie, notre République apparaît démunie face à ces jeunes qui partent rejoindre le Califat. Ce fléau n’existe que depuis quelques années, et semble bien difficile à combattre.

Dommage peut-être que l’angle du film soit uniquement féminin. Rien, malheureusement, sur la grande majorité de ces jeunes hommes issus des territoires perdus de la République, sur ces prédicateurs et ces imams qui prônent un islam radical en banlieues. Mais ce n’était pas l’angle choisi par la réalisatrice. Petit bémol également sur l’assistante sociale, Dounia Bouzar, qui a le même rôle dans la vie. Ces réunions, pas vraiment crédibles, font un peu rassemblement « d’alcooliques anonymes » : pas sur que des câlins et quelques bonnes paroles parviennent à faire entendre raison à ces jeunes embrigadés, mais disons qu’elle a au moins le mérite d’exister.

Il faut néanmoins reconnaître que ce film, très esthétique et didactique, pousse à la réflexion, que les acteurs y sont remarquables (mention spéciale à Clothilde Courau), et qu’il met en images le drame quotidien de plusieurs familles françaises. En cela, il faut aller au cinéma pour le voir, tenter de comprendre, s’interroger et même mieux, trouver des solutions.

« Le ciel attendra » de Marie-Castille Mention-Schaar – actuellement en salles