LIVRE « LA FIN DE LA SOLITUDE » DE BENEDICT WELLS + ENTRETIEN AVEC L’AUTEUR

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J’ai reçu le roman « La fin de la solitude » un matin en semaine, dans ma boîte aux lettres. L’ouvrage, provenant d’une maison d’édition parisienne, était accompagné d’un petit mot : attention pépite. Et dès les premières pages, c’est également le sentiment que j’ai eu.

Malgré une histoire très sombre, on est très vite emporté par la vie de Jules. Le jeune homme perd ses parents en début de roman. Séparé de son frère Marty et de sa sœur Lizz, Jules va devoir se construire malgré une existence très difficile : le pensionnat, la rencontre avec la mystérieuse Alva, le manque, la maladie, la solitude. Un roman noir, écrit comme un thriller, qui se lit intensément. Son intérêt au-delà de la jolie plume de l’écrivain c’est cette vision toujours plus positive de la vie, ses rayons d’espoir qui agrémentent le livre et qui en font un texte plein de force et de courage, un roman bouleversant.

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Après ma lecture, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur, Benedict Wells, un jeune trentenaire allemand. « La fin de solitude » est son 4ème roman. Il est en France pour quelques jours afin d’en faire la promotion. Et c’est un jeune homme tout sourire, visiblement enchanté de parler de son roman, que j’ai eu le plaisir de rencontrer lundi dernier dans un hôtel parisien.

Racontez moi un peu votre parcours, comment avez-vous débuté ? « A 7, 8 ans j’ai commencé à écrire des histoire sur un chat puis une histoire sur une série pour adolescents. A 15 ans, j’ai découvert John Irving et ça a été une révélation pour moi. Je ne connaissais que la littérature allemande et je me rendais compte qu’on pouvait faire un autre type de littérature.»

Après l’école, vous avez décidé de vous lancer un défi ? A la fin de l’école, j’avais des idées d’écriture en tête. A 19 ans, je me suis installé à Berlin. Je me suis dit, ça coûte pas cher, je peux survivre avec des petits boulots, je me donne un ou deux ans pour écrire et savoir si je veux vraiment être écrivain et si j’en suis capable. Et la réponse fut : NON. Je n’avais malheureusement que des refus des éditeurs à cette époque. J’ai quand même rajouté un an, puis un an encore et quand j’ai finalement décidé de tout plaquer, un agent m’a proposé de me publier dans une grande maison d’édition allemande. J’étais très fier, parce que c’est très difficile d’être publié par cette maison : elle a refusé par exemple de publier Soljenitsyne au début…. »

Votre quatrième livre « La fin de la solitude » est d’une grande maturité. A 33 ans, on pourrait croire que vous avez déjà vécu plusieurs vies . « Avant l’écriture de ce livre j’ai passé 20 ans à observer les choses, à me poser des questions. Quand j’avais 6 ans j’ai vécu dans un internat et j’ai été obligé de me poser des questions que d’autres jeunes ne se posaient pas forcément à cet âge là. Ce qui m’a toujours plu, c’est de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre, d’un personnage, l’empathie est importante quand on écrit. Des portes s’ouvrent, j’ai pu ressentir en écrivant comment on peut se sentir à 40 ou 50 ans, mais juste pendant le processus d’écriture. L’autre jour, j’ai repris le livre et je me suis demandé « Comment as-tu fait ? » J’ai vraiment vécu dans un monde parallèle, pendant sept ans. J’ai tout donné, j’ai été jusqu’au bout, mais je ne sais pas si je serais capable de le refaire ».

Dans votre roman Jules tente d’écrire, Alva est passionnée par la littérature, elle épousera même un grand écrivain. Il y a un peu de vous dans les personnages de ce livre ? « Il y a mes propres sentiments en Jules mais pas que, je suis dans tous les personnages, Marty (le frère) également. Je suis parti de mes propres expériences pour écrire sur ce que je n’ai pas vécu. »

Un livre écrit à la façon d’un thriller « Ce n’est pas une histoire qui roule, ce n’est pas chronologique, il y a beaucoup d’allers retours. Je passais mon temps à déballer quelque chose pour le remballer après. Ce n’était pas une voiture de sport qui fonçait droit devant … Le processus d’écriture a été plus lent afin de créer une dynamique. Avec le choix du thriller, le lecteur doit me faire confiance, il doit faire avec les indices donnés pour continuer l’histoire. »

Un roman très noir, une série de malheurs tout au long du récit, à commencer dès le début par la mort des parents. Vous avez néanmoins choisi de ne pas décrire en détails cette scène ? « Il y a toujours un risque que ce soit kitsch ou mélodramatique, ça je ne le voulais pas. Je voulais rester sobre. A la mort des parents, je pouvais choisir de faire un gros zoom et de tout raconter. Mais moi, ce que je voulais faire, c’était plutôt laisser des blancs. C’est au lecteur de remplir ces blancs. Il y a un équilibre à trouver entre ne pas taire les choses et ne pas tout dire. Exemple très réussi du film « Manchester by the sea ». Je ne voulais pas que tout soit négatif. Je voulais que les sentiments naissent chez le lecteur. Mais ce n’est pas à moi de les écrire, c’est à l’intérieur du lecteur qu’ils doivent naitre. »

« La fin de la solitude » est un drame. Pourtant, ce n’est pas ce qu’on garde du livre une fois terminé. On est plutôt enchanté par le message d’espoir qui arrive à naître de chaque situation difficile. « Comparez la vie à un fleuve avec de nombreux obstacles : et bien il continue de couler. Il y a une telle force qui fait que la vie continue. J’ai toujours voulu trouver de l’espoir. Il y a assez de livres sombres. Je voulais m’inspirer de Leonard Cohen : « Trouver une lumière à la fin ».

« La fin de la solitude » est le titre français. En allemand, il était un peu différent … « Le titre en allemand est « De la fin de la solitude ». Pourquoi chercher une fin à la solitude ? Dans ce livre, je donne plusieurs antidotes : se sentir bien avec quelqu’un, en prenant de l’âge on sait ce qui nous fait du bien. Il faut plutôt accepter sa solitude. Elle est comme une boussole qui indique quelque chose. A chacun de décider ce qu’il a envie de faire de cette solitude ».

« La fin de la solitude » de Benedict Wells – Slatkine & Cie – 2017