CINE « THE SQUARE » DE RUBEN OSTLUND

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Palme d’or au dernier Festival de Cannes, « The square » de Ruben Ostlund est sorti mercredi dernier sur nos écrans. Un portrait mordant et cruel de notre société actuelle.

Les premières scènes du film présentent habilement le propos : une très ancienne statue historique est démontée de son piédestal, non sans mal, comme pour marquer la fin d’un art dépassé. Une autre œuvre est érigée à sa place : un simple carré lumineux accompagné d’une plaque où est inscrit : « Le Carré est un sanctuaire où ­règnent confiance et altruisme. Dedans nous sommes tous égaux en droits et en devoirs ». Un concept qui va être terriblement malmené tout au long du film.

S’ensuit l’histoire de Christian, un bourgeois très élégant, conservateur dans un prestigieux musée d’Art moderne. Sa petite vie tranquille va virer au drame lorsqu’il va croiser le chemin d’une femme hurlant qu’un homme cherche à la tuer. Accompagné d’un autre passant, il tente de lui venir en aide face à une brute épaisse qui souhaite en découdre. Une fois débarrassé de l’assaillant, Christian se félicite de sa bravoure et reprend son chemin, sauf qu’il se rend compte que dans la bataille, il s’est fait voler son téléphone portable, son porte-monnaie et ses boutons de manchettes.

A partir de ce drame, des scènes très drôles bien souvent teintées d’humour noir vont se succéder, afin d’ironiser sur l’art contemporain mais également de montrer une société très égoïste, terriblement centrée sur elle-même. Christian, qui souhaite remettre la main sur ses affaires, va faire une virée en banlieue avec sa toute nouvelle Tesla pour menacer le voleur. Une stratégie qui va vite s’avérer dangereuse et qui va placer le personnage dans une bien mauvaise posture.

Plus loin dans le film, une scène mettra mal à l’aise le spectateur : lors d’une conférence de presse, un homme atteint du syndrome de Gilles de la Tourette hurle des obscénités. Celle qui dirige la conférence s’en offusque, un autre rétorque que chacun doit avoir sa place et être accepté comme il est… Il y a également ces scènes drôlissimes où une journaliste américaine ( Elisabeth Moss version déjantée) tente de récupérer un préservatif après un acte sexuel chaotique ou encore cette œuvre d’art (un tas de pierres) balayée malencontreusement par un agent de ménage. Enfin cette « oeuvre » mémorable qui vire au drame : un performer russe imitant un singe terrifie les très chics invités d’un grand dîner de gala, jusqu’à ce que le show dégénère et qu’il agresse une jeune femme.

Les scènes sont souvent sans limite et deviennent donc hors de contrôle. On rit souvent parce que c’est drôle mais aussi parce que les situations sont souvent très gênantes. Un film un peu long (2h30) mais très riche en situations cocasses qui ne manquent pas de malmener le spectateur.