CINE « CARNIVORES » DE JÉRÉMIE ET YANNICK RÉNIER

 

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On entre dans ce film par une scène qui va d’emblée faire écho à toute l’histoire qui va prendre vie sous nos yeux. Une jeune femme, qui rêve de percer dans le monde du cinéma auditionne pour un rôle dont le personnage est bouleversé par la mort imminente d’un être cher.

Mona, la trentaine au look sage et discret, tente de passer inaperçue en se cachant derrière de grosses lunettes noires. La jeune femme, qui s’excuse presque d’exister, n’a pas construit grand chose dans sa vie. Pas d’homme, pas d’enfant, pas même un début de carrière. Sa sœur, par contre, a tout pour être heureuse. Samia enchaîne les rôles avec de grands réalisateurs, vit avec un homme avec qui elle a eu un beau petit garçon prénommé Tom. C’est simple, le verdict est sans appel : alors que l’une a tout, l’autre n’a rien, deux sœurs aux antipodes. Alors quand Mona arrive pour prendre soin de sa sœur et l’aider sur le tournage d’un film, leurs vies vont se télescoper. Quand l’une rêve d’en finir avec le milieu éreintant du cinéma, l’autre rêve de prendre sa place.

Le premier film des frères Rénier est proposé comme un thriller. Le pari est tenu puisqu’ils arrivent à garder le spectateur en haleine pendant près d’une heure. Leur choix de casting est également réussi : Mona incarnée par Leila Bekhti est à la fois rassurante et intrigante, en un mot, insaisissable. Grimée par de grosses lunettes noires, une coiffure sage et des tenues amples, l’actrice joue à merveille le rôle d’une sœur docile et rêveuse, qui pense aux autres avant de penser à elle. Samia, interprétée par la jolie Zita Hanrot aperçue dans le film Fatima, joue une jeune femme nettement plus égoïste, tendance destructrice. Malheureusement, sur la deuxième partie, le film déçoit quelque peu. Après l’intense scène de tournage en forêt qui rappelle une scène effroyable du dernier film de Guillaume Gallienne Maryline, le film perd de son intensité et de son originalité pour offrir une fin un peu trop attendue… Pourtant méfiez-vous des apparences. Comme le susurre Mona dans le film : « Une victime peut être bien plus perverse que son bourreau si elle est consentante ». Le film baptisé Carnivores au pluriel invite dès le début le spectateur à la vigilance. Qui va manger l’autre ?