LIVRE « LES LOYAUTÉS » DE DELPHINE DE VIGAN

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Les loyautés. « Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres (…) des promesses que nous avons murmurées ou dont nous ignorons l’écho, des fidé­lités silencieuses ». Chacun d’entre nous est unique : par son éducation, son parcours, le milieu social auquel il appartient. Ces éléments nous définissent, nous guident chaque jour et nous font prendre telle ou telle décision…

Une professeure des écoles s’inquiète pour un élève de sa classe, un jeune garçon prénommé Théo. Persuadée que l’enfant est maltraité, Hélène va tout faire pour l’aider. Parce que des coups, elle en a reçu quand elle était plus jeune. A jamais meurtrie, elle tente de sauver les autres à défaut d’avoir pu se sauver elle-même. Théo, dont les parents divorcés sont en très mauvais termes, n’a qu’un seul ami, un jeune garçon très discret prénommé Mathis, dont la mère un peu perdue parle toute seule et dont le père vomit des atrocités de manière anonyme sur les réseaux sociaux. Pour oublier leur existences moroses, les deux jeunes garçons profitent des interclasses pour se saouler avec des alcools forts et tester leurs limites. Oublier ses craintes et ses douleurs l’espace d’un court instant : un jeu qui va s’avérer très dangereux.

Le tableau est sombre, les personnages complexes et torturés. Delphine de Vigan porte la plume dans la plaie et bouleverse son lecteur. L’auteure aborde habilement plusieurs sujets difficiles comme, tout d’abord, la maltraitance, avec cette femme à jamais bouleversée par les coups portés par son père quand elle était enfant, qui vit dans la crainte permanente et dans l’impossibilité de fonder une famille.

« Il me crible de coups de pied, je me protège ma tête, je me recroqueville sur le carrelage et tente d’esquiver les coups dans le ventre me coupent le souffle (…) A l’hôpital, on découvre l’utérus infecté. Pas joli à voir. Je dis que je suis tombée du porte-bagages sur un rebord de béton, je ne sais pas encore que je ne pourrais pas avoir d’enfant. »

« Il y a longtemps, un homme m’a quittée parce que je ne pouvais pas avoir d’enfants. Aujourd’hui, chaque soir, il s’attarde à son bureau et rentre chez lui le plus tard possible pour ne pas voir les siens »

Est également évoquée la difficile question du divorce par ce couple de parents qui se déchire et dont l’enfant qui se trouve au milieu devient le témoin impuissant de cette douloureuse guerre d’adultes et de fait, sa première victime.

« Chaque vendredi, chargé comme un mulet, il migre d’un endroit à l’autre (…) Quand il ouvre la porte, sa mère est déjà là. Elle ne supporte pas ça, qu’il vienne d’en face. Théo l’a compris très vite, à cet air de défiance qu’elle arbore quand il rentre de chez son père, et ce mouvement de rejet qu’elle peine à dissimuler. D’ailleurs le plus souvent, avant même de lui dire bonjour, elle dit ‘va te doucher »

Il y a aussi ce couple, ensemble depuis des années, qui a accumulé les non-dits et qui se retrouve au pied du mur. Enfin cette critique très actuelle des réseaux sociaux, ce déversement gratuit de haine qui n’épargne personne. Delphine de Vigan frappe fort et juste. Ce court roman se lit d’une traite, haletant comme un thriller. Un ouvrage percutant, douloureux, bouleversant et qui ne peut laisser indifférent.