LIVRE « AU GRAND LAVOIR » DE SOPHIE DAULL

IMG_4307

Tout a commencé un mercredi soir devant la télévision. J’ai découvert Sophie Daull. Je me suis assise, j’ai monté le son et j’ai écouté son histoire… L’envie ne m’a plus quittée d’acheter ses romans et de me plonger dans ses romans. Après avoir raconté la perte de sa fille, elle a raconté sa mère, violée et tuée. Aujourd’hui, elle s’est mise dans la peau du tueur. Et ce livre est d’une force incroyable. 

« Au grand lavoir » est un ouvrage écrit à la première personne : l’histoire d’un homme dont la vie aurait pu être complètement banale, au détail près qu’il a tué une femme.

Dès le départ, le lecteur se retrouve dans la tête d’un homme qui mène une vie paisible, dans une petite commune française. Un quotidien morose, rythmé par son travail pour la municipalité et quelques copains. Mais le passé va vite le rattraper : un jour, il va tomber à la télévision sur la fille de celle à qui il a ôté la vie. Le rythme s’accélère alors et l’homme, à la dérive, dont les bourdonnements intérieurs deviendront de plus en plus entêtants, n’a désormais qu’un seul but : rencontrer la jeune femme, qui, devenue écrivain, sera prochainement dans sa ville pour dédicacer son roman…

Quel tour de force pour Sophie Daull de se mettre dans la peau de l’homme qui a tué sa mère. En choisissant de lui donner vie sous sa plume, elle prend le parti de le déshumaniser pour en faire un pantin qu’elle manipulera à sa guise. Entre les chapitres qui narrent le destin de cet homme, quelques mots de l’auteure, poétiques et aériens, pour raconter sa mère et son amour pour elle. En fin de livre, Sophie Daull, avec beaucoup d’habileté, quitte la première personne et la tête du meurtrier, pour raconter la scène finale à la troisième personne : adopter une vue d’ensemble pour ne rien rater de la scène et offrir au lecteur une chute magistrale.

Pas de haine dans cet ouvrage, ni dans les propos de l’auteur quand elle en parle. Mais un besoin vital de raconter sa peine, de mettre des mots sur ses maux afin de ne pas oublier, et de rendre l’histoire peut-être plus acceptable…